Pierre-Marie Lemaire

Capture photo journal Sud-Ouest du 10/11/2025

   J’apprends avec tristesse la mort de Pierre-Marie Lemaire à l’âge de soixante-dix ans. Journaliste à Sud-Ouest jusqu’en 2016, je l’ai connu à La Rochelle autour de la photo qu’il pratiquait avec talent, en noir et blanc. Il habitait tout à côté d’un ami dont la fille, Catherine Mallaval, journaliste à Libé, m’avait donné quelques adresses dans mon combat pour rétablir la vérité sur l’accident du Sinaï. Pierre-Marie Lemaire était venu à la maison pour m’écouter puis faire un papier sur le sujet.

   Nous avions sympathisé. Avant qu’il ne parte pour Bordeaux terminer sa carrière, au siège du journal, nous nous sommes revus, un jour par hasard à Royan, mais surtout à Saintes, au Palais de Justice, lors des sessions d’assises auxquelles j’assistais en auditeur libre et lui en chroniqueur. Nous discutions de justice, bien sûr, mais de tant d’autres choses également.

   Homme pudique et réservé, il ne se confiait guère, préférant écouter. Intègre, je me souviens d’une anecdote qui me le révéla plus que tout. Je l’avais invité à déjeuner après une suspension d’audience. Dans le petit bistrot Saintais où nous dévorâmes une entrecôte frites arrosée d’un bordeaux, nous avions pu nous dévoiler un peu plus l’un à l’autre. Sourire et plaisanter. À la fin du repas, après que j’ai réglé l’addition, comme cela se pratiquait couramment dans le monde des affaires d’où je venais, je lui tendis le bout de papier pour qu’il pût le joindre à sa note de frais et se faire rembourser, au moins, un repas. Je le lui dis sans ambages et en riant. À mon étonnement devant son refus il m’expliqua que, non, ce n’était pas dans ses habitudes. Non pas qu’il m’en voulût ou qu'il crût que je tentais de le soudoyer — loin de moi une telle intention — il comprenait la gentillesse de mon geste mais se satisfaisait des indemnités qu’il percevait lors des déplacements. Sans en rajouter ni inventer. J’ai dû, à cet instant, poser la main sur l’épaule de cet homme honnête.

   Repose en paix mon ami à qui je n’ai jamais dit « tu ». Et je le regrette.

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