Enfant tondu, industrie rasée

Les gens de justice - Honoré Daumier - 1845-1848
« Enfant placé aux cheveux tondus : pourquoi le parquet de Paris ouvre une enquête pour « violences volontaires »
Des éducateurs d’un foyer de l’aide sociale à l’enfance ont rasé un enfant de 8 ans, en février, en guise de sanction, puis ont diffusé et commenté les images sur un groupe WhatsApp.
Le Monde du 9 décembre 2025 à 23 h 57
Des éducateurs ? Des débiles mentaux ! J’espère que le parquet sera sans pitié et les juges sans clémence. Sans aller jusqu’à prononcer une sentence identique au crime commis. Car tondre à ras la tête d’un gamin de 8 ans est un crime, au même titre que celui de ces faux résistants de 1945 qui rasèrent les femmes, sur la place publique, soupçonnées de collaboration. Ces éducateurs, cette éducatrice devrais-je dire, car il s’agissait d’une femme, par définition porteuse d’avenir, encouragée par des collègues sans conscience, ces gens-là, gens de peu, mériteraient le procédé, ils sauraient ce que la honte, la peur, l’humiliation, l’outrage, peuvent causer comme ravage dans l’esprit et le cœur d’un enfant, comme d’un adulte. Quelques jours en prison en revanche leur seront salutaires. Elle pourra ainsi écrire son « journal d’une prisonnière » et chacun des autres « celui d’un prisonnier ». À l’instar d’un célèbre prédécesseur, qui ne manque pas d’air, comique s’il en est.
Je mets ces monstres, ces minables, dans le même panier à salades.
À propos des juges, autre chose. Ceux du tribunal de commerce de Nanterre, qui s’appelle désormais, et manifestement à tort, « tribunal des activités économiques », ces juges donc, sans grande réflexion, ont décidé la liquidation d’un grand groupe Français, Brandt, fabricant également de Sauter, De Dietrich, Vedette, alors que les salariés proposaient de reprendre l'activité, leur savoir-faire.
D’abord racheté par Fagor, puis par le groupe Algérien Cevital dont les activités ne sont pas florissantes, Brandt, créé en 1924, vient d’être liquidé après cent ans d’histoire par un aréopage de juges qui ne sont en rien des professionnels. Les tribunaux de commerce ne sont constitués que de commerçants et d’agriculteurs. On se demande qu’elles sont les compétences en droit de ces juges consulaires pour juger les litiges des sociétés. Mis à part l’orgueil, la suffisance ou la fatuité d’enfiler une robe noire avec un rabat blanc, de se poser une toque en soie noire agrémentée d’un galon d’argent sur le crâne et se sangler l’abdomen d’une ceinture noire ou bleue. C’est beau, ça vous pose un homme ou une femme, mais même après un passage éclair à l’École Nationale de la Magistrature de Bordeaux, ces gens se foutent un peu du monde. Je le sais, j’ai connu un copain d'enfance qui le devint. Il s’étonnait toujours des plaidoiries des avocats. Le premier semblait avoir raison, tout comme le second après l’avoir entendu dire le contraire du premier. Il ne connaissait pas Gorgias ou Protagoras, ces sophistes qui vendaient leurs talents afin de démontrer comment soutenir une thèse puis aussitôt l’antithèse.
Je mets tous ces infatués dans le même tambour du lave-linge que ne fabriquera plus Brandt. Et je me dis que l’Europe est minable de laisser s’évanouir ainsi un savoir-faire industriel. Avec la France, bien sûr, dont elle est membre et la première concernée, et Lescure, son ministre des finances, qui ne sait qu’exprimer sa « profonde tristesse d’un fleuron Français qui s’éteint ». Ou encore ces petits édiles de tous bords qui ne savent, aujourd’hui, que simuler la colère en versant des larmes de crocodiles.
Le problème subsiste depuis plus de quarante ans. Déjà, dès le début des années quatre-vingt, les professeurs d’économie nous avertissaient lors de leurs colloques : « Attendez-vous à voir s’écrouler des pans entiers de nos industries ».
On l’a vu. Et malheureusement, on le verra encore si tous ces gens ne réagissent pas mieux.
Mais j'espère qu'on ne verra plus un enfant se faire tondre par une marâtre.
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