Gironde, l'incendie
C’est autour du bassin que se cultivent huîtres et moules, essentiellement côté presqu’île où tout un petit monde d’ostréiculteurs et de conchyliculteurs bichonne les mollusques. Les salaires sont plus du niveau de la sueur que des émoluments d’un député LFI qui approchent les 6 000 euros nets mensuels, à quoi s’ajoutent diverses indemnités, qui lui permettent donc d’apostropher les « bourgeois du Cap Ferret » prétendus riches habitants évacués de la presqu’île lors de l’incendie de la forêt, selon lui en priorité. Si en effet quelques célébrités, comme en d’autres multiples lieux, habitent l’été cet Éden, ils ne font pas la majorité ; n’en déplaise à notre intrépide babillard.
On reconnaît un mollusque à son dogmatisme. En effet, rivé à son rocher, son pieu de bouchot, sa corde ou son casier, quel que soit son genre, sa religion ou son parti politique, il n’en démord pas et reste là, fidèle à ses principes.
Si le bivalve à une bouche, il ne s’exprime pas, à la différence des députés, en particulier de celui évoqué supra. En revanche le mollusque sait entrouvrir à bon escient sa coquille en forme de clapet, toujours au contraire de l’autre, pour filtrer l’eau de mer qu’il épure et de laquelle il tire sa substantifique moelle. Quand l’autre — ce représentant du peuple au salaire de misère et qui bloque à l’Assemblée, avec quelques comparses opposés ou amis, tant de projets nécessaires — quand donc l’autre l’ouvre, ses âneries non filtrées encombrent et polluent l’atmosphère. Il est scientifiquement prouvé que le mollusque n’a pas de cerveau. En fait c’est une sorte de tube digestif qui, grâce à ce dogmatisme que j’évoquais plus haut, est facilement repéré, capturé puis dégusté cru ou cuisiné de diverses manières pour la plus grande joie des vacanciers et autres gastronomes qui s’en repaissent de juin à décembre en oubliant les propos délibérément stupides de députés s’exprimant à longueur d’année, comme ceux de l’autre qui accusa l’incendie dévorant les Landes de Gascogne et ceux qui le combattent toujours d’avoir sciemment choisi d’épargner les privilégiés de la presqu’île grâce à la richesse qui serait supposément la leur. Comme si le feu avait des préférences !
Je connais bien la Presqu’île girondine. Quelques membres de ma famille y demeurent et furent évacués comme les autres vers quatre du matin pour une destination plus sûre que ce cul-de-sac susceptible de s’enflammer. Ils ne sont toujours pas revenus dans leurs domaines, à la différence de ceux qui les critiquent.
Je connais donc la presqu’île où j’allais en vacances, enfant. Si elle a changé aujourd’hui, toujours lieu de rêve. Éden pour la chasse à la palombe, la pêche au trident sur le ponton du Grand Piquey ou au filet dans l’Océan, le farniente sur la plage, les traversées vers l’île aux oiseaux au cœur du bassin, les jeux autour des cabanes, les huîtres et les palourdes chapardées dans le sable, les promenades en forêt, cette forêt qui sépare le bassin de l’Océan, forêt que je traversais, enfant, épaisse, dense, inquiétante parfois, terre à l’époque encore sauvage où tous les rêves semblaient se percuter, cathédrale de silence aux colonnes de verdure sur lesquelles je grimpais pour disparaître aux regards de mon cousin plus jeune, apeuré de ne plus me voir et sur lequel je surgissais soudain tel un sioux aux aguets, cette forêt au tapis d'aiguilles douces et acérées sur lequel nos rires glissaient, cette forêt qui, après moi, vit les jeux de mes fils et risquait de disparaître engloutissant avec elle les demeures anciennes ou neuves, vieilles maisons de famille ou chalets nichés dans les pinèdes chargées de souvenirs. Et avec les maisons leurs habitants. Ce qui advint dans les villes aux alentours, Le Porge, Arès ou encore Lège-Cap-Ferret et d’autres, infimes bourgades perdues dans l’infini des pins aux souvenirs identiques aux miens pour des centaines de familles ; lieux balayés par les flammes et en partie disparus, mais sans faire d’autres victimes que celles subies dans le corps des Sapeurs pompiers, le lourd tribut des morts et des blessés. Quelle tristesse ! Et je comprends ce désespoir. Mais regrette cette guérilla, cette controverse qui enfle au sein de la population, ergotage qu’alimente un Jean-François Coulomme, député LFI aux arguties dogmatiques, le même que l’inconséquent décrit en haut de page.
Les imbéciles pourront dire ce qu’ils voudront, si la presqu’île fut épargnée (tout comme d’autres lieux plus au nord, le Médoc, ou plus au sud, Arcachon), ce ne fut pas par choix, mais grâce à la topographie et sans doute au vent venu du nord soudain virant à l’ouest, poussant flammes et fumées vers l’est, vers Bordeaux, les villes alentour, les sites industriels et ceux classés dangereux. Certes il était plus facile de larguer eau et retardant sur la faible largeur qui caractérise la bande forestière du Ferret pour limiter la progression du feu, alors qu’ailleurs l’étendue des bois incendiés, d’une gigantesque circonférence de deux cent cinquante kilomètres, désorganisait les secours, l’ogre caracolant au hasard de ses rencontres avec le combustible offert à son appétit. Mais c’est pourtant au cœur du sinistre, tout autour de Saumos, que les brigades de pompiers se déployaient, nombreuses à porter leurs efforts, pour tenter de l’abattre. Là surtout la lutte était âpre. Là aussi se multipliaient les duels pour vaincre cet ennemi implacable anéantissant des années de bonheur. Il fallait impérativement le stopper ici et tous les moyens furent utilisés pour y parvenir. À tout le moins le stabiliser. Ce qui est fait, quand bien même les craintes de quelques résurgences subsistent.
Lorsque j’entends, ici ou là, quelques écervelés prétentieux déclarer péremptoirement qu’on aurait pu faire autrement, plus vite, mieux si l’on avait voulu, si le réchauffement climatique était vraiment combattu, si le débroussaillement parfaitement effectué, si… ; je m’élève en faux face à ces insertions vaniteuses et farfelues. La réponse est simple et consiste à affirmer que si de sinistres crétins n’allumaient pas ces incendies, soit par volonté, maladresse ou négligence, rien de tout cela n’arriverait. Réchauffement climatique ou pas, sécheresse ou non. Pour mémoire je rappellerai deux chiffres : 10 % des feux sont dus aux orages quand 90 % le sont par l’humain (dont 30 % — 70 % actuellement selon le ministère de l’intérieur, ce qui interroge sur une éventuelle ingérence extérieure — dus aux criminels qui jettent leurs mégots, allument volontairement un bosquet, un barbecue sans contrôle, etc.). Et pour avoir vécu des épisodes caniculaires où la centaine d’invités que nous étions, en fin de congrès venus en autobus déjeuner dans un mas niché au cœur d’une forêt provençale, malgré la sécheresse qui plombait un de ces étés du milieu des années soixante-dix, que les aiguilles de pin crissaient sous nos pas, que les arbres assoiffés dépérissaient, que pas une herbe ne poussait, nous eûmes permission de fumer à la condition de rester dans l’espace où trônaient les cendriers, aucune brindille ne s’enflamma. La peur du feu était tout aussi prégnante, que ce soit de notre part comme de celle des organisateurs, mais nous respections les consignes et savions les risques encourus.
Le seul départ de feu naturel est celui de l’éclair frappant. Et encore faut-il que ce soit sur un socle combustible. Rien d’autre. Pas même la bouteille de verre ou son tesson, quoique en disent les prétendus sites sensément informés qui pullulent sur Internet. La loupe ? Bien sûr, à la seule condition que quelqu’un la tienne et suive la rotation terrestre, mouvement de déplacement indispensable pour faire griller quelques brins d’herbe comme tous les enfants le font un jour. C’est long et aléatoire. Laissée seule sur un tas de foin bien sec, elle ne déclenchera rien. Quant à la sécheresse, si elle peut amplifier le phénomène, en rien elle n’est à l’origine d’un départ de feu, sinon tous les endroits secs de la Terre s’enflammeraient spontanément. Les rayons du soleil, bien que dardant, ne sont pas des flèches enflammées pas plus que des rayons laser.
Un feu ne se déclare dans la nature que s’il est volontairement provoqué et jamais rien ni personne ne l’arrêtera sans un combat long et sans répit. Le reste n’est que bavardage inutile et malfaisant.

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