l'euthanasie, selon Houellebecq et Frémont
Deux réacs, Michel Houellebecq, 70 ans, écrivain fumeur invétéré et Laurent Frémont, 29 ans, professeur à Sciences Po, ont écrit un billet à quatre mains pour dénoncer ce qu’ils estiment être le commencement de la fin de notre civilisation, à savoir le texte de loi instaurant l’euthanasie (voir sur le site du journal Le Point).
C’est tout à fait leur droit. Grandiloquents, ils appellent à l’aide une kyrielle d’auteurs, de l’historien anglais Toynbee à Cioran, dont ils citent des fragments de pensée à la manière des chercheurs colligeant les textes de philosophes présocratiques. Nous subodorons que leur démarche est plus dogmatique que véritablement humaniste. Car ils ne démontrent rien, se contentant d’affirmer qu’un mourant coûte, alors qu’un mort ne coûte rien. Si l’affirmation était vérifiée nous pourrions nous étonner avec raison de la débauche de moyens développée par tout gouvernement pour précisément éviter les morts, qui, malgré qu’ils en aient et parce que, coûtent autant, voire plus, qu’un vivant. Mais peu importe. Faire feu de tout bois est leur credo, mais si je peux comprendre leur aversion face à l’aide à mourir, je n’admets pas les arguties bombardées comme des missiles iraniens dont la plupart font long feu. Allant jusqu’à tenter de démontrer qu’une civilisation meurt du non-respect de ses morts, humanitas disent-ils, venant, selon Vico — philosophe italien du XVIIIe — de humare qui signifierait ensevelir. Totalement fantaisiste l’étymologie provient de humanus, qui concerne l’homme. Le Gaffiot indique sepelio, ire, pour ensevelir, enterrer. Qui donne aussi sépulture. Bref, nos écrivailleurs, plumitifs primitifs, prennent leur aise dans une sorte de mixture, gloubi-boulga ou pêle-mêle sémantique pour tenter d’affirmer que l’aide à mourir n’est pas une aide mais un crime contre la civilisation, car selon leurs déductions, la première chose que fit une société, avant même de créer l’outil ou le langage, fut de creuser une fosse pour y enterrer ses morts. Ce qui, de mon point de vue doit être faux, d’une part, et d’autre part non significatif d’un quelconque hommage à l’humanité mais simplement le désir de respecter l’être disparu, dont certains peuples d’ailleurs consommaient quelques viscères pour mieux faire corps avec eux (sans doute préférable à leurs yeux). Quant aux bénéficiaires de cette aide à mourir, qu’ils se rassurent, ils seront comme il se doit enterrés avec toute la cérémonie et le respect qui leur est dû. Le reste n’est que billevesée surgie de cerveaux neurasthéniques.
Ont-ils seulement mis les pieds dans un service hospitalier où les agonisants n’ont qu’une hâte, qu’on en finisse ? Ont-ils été oppressés devant un cancéreux pulmonaire dans l’impossibilité de respirer ? Ont-ils été révulsés face à l’amyotrophie de la maladie de Charcot ? Ont-ils observé un quadriplégique allongé sur le brancard qui ne lui sert à rien sans aide extérieure ? D’un sclérosé en plaque dans le coma alimenté par gastrostomie ? Et tant d’autres dont j’abrège la liste pour ne pas traumatiser leurs neurones peut-être déjà atrophiés d’une précoce leucopathie. Allons, Messieurs, osez, courage, allez visiter ces centres où la mort est déjà là et nous reparlerons ensuite de vos belles idées dites humanistes.
Mais quand bien même, il ne s’agit pas de tuer qui ne le voudrait pas. Combien sont ceux ou celles qui malgré leurs pathologies définitives ne réclament rien et attendent patiemment la mort. Ce texte de loi ne concerne que les personnes qui réclament de partir avant la déchéance totale, ou la fin d’une souffrance inutile. Aider celles et ceux qui souhaitent se suicider et ne le peuvent pas ou plus pour de multiples raisons. Le suicide n’est pas interdit que je sache et les moyens sont nombreux pour y parvenir sans émouvoir nos deux auteurs. Je leur citerai à mon tour Théodore Jouffroy pour qui le suicide est un mot mal fait car ce qui tue n’est pas identique à ce qui est tué. Ou Socrate, acceptant de boire la ciguë. Enfin, et surtout, rendre au médecin sa liberté de conscience, car je vous le dis, je ne connais pas un seul médecin qui n’a pas pratiqué ce geste de compassion d’injecter la substance létale dans un corps qui déjà se putréfiait.

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