Poussée acnéique dans nos lycées

 

Luca Giordano - La mort de Sénèque - 1684 - Musée du Louvre - Paris

 

   Une poussée acnéique est signe d'immaturité. Influencée par de multiples facteurs, la testostérone, fluctuant dans l’organisme, en est souvent la première, aussi bien chez le garçon que chez la fille, mais également le stress ou le manque de sommeil. C'est pourquoi nous constatons un phénomène de démangeaison d'ampleur de nos jours, dans nos villes. Vous y ajoutez un zeste de grattage que quelques adultes inconscients, membres d’un parti gauchiste aux relents trotskistes et un tantinet fascistes, prennent plaisir à mettre en place, et vous assistez alors à une sorte d'hystérie collective aux revendications en partie légitimes mais totalement hors du temps, à quoi s'agglutinent quelques gilets jaunes grabataires qui sont là pour le folklore ainsi que toutes sortes d'idiots myxœdémateux, voyous professionnels, camés aboulies, anars décérébélés ou encore haineux chroniques prêts à en découdre avec n'importe qui, casser n'importe quoi et voler tout ce qu'ils trouvent à leur portée. 

   Sénèque, que nos manifestants de lycéens et d'étudiants n'ont peut-être pas encore lu, et totalement inconnu de nos casseurs incultes, Sénèque donc, précepteur, puis ministre de Néron dont la folie fit condamner son vieux maître au suicide pour une faute qu'il n'avait pas commise, écrivait que « […] la chose à faire en tout premier lieu est de ne pas suivre, à la façon du bétail, le troupeau des gens qui nous précèdent, ce serait alors s’acheminer non où il faut aller, mais ou va la multitude » (De Vita Beata - Traité dédié à son frère - Préambule). Conseil repris plus crûment par Gide qui, deux siècles plus tard, écrira « Je hais la foule ; elle ne respecte rien ; toute tendresse, toute délicatesse, toute justesse, toute beauté s'y faussent, s'y brisent, s'y mortifient ; houle mobile, inconsciente, sans cesse à la merci du souffle d'un tribun qui la mène ; quand elle est belle, c'est comme une mer en démence ; quand je l'admire, c'est du balcon — e terra. » (Prétexte - Lettres à Angèle - VII p. 129 - Paris, Mercure de France).

   Quelques singes savants ont tenté de comparer le mouvement d’aujourd’hui à celui de mai 68. Il n’en est rien. Ici on clame le manque de professeurs, les bâtiments vétustes, chauds en été, froids en hiver, les classes surchargées, le manque de respect, de propreté ou encore les repas de la cantine sans saveur. En mai 68 la pensée volait plus haut que de savoir si le PQ serait présent ou non dans les chiottes. Il ne s’agissait pas de contingences matérielles, quand bien même la classe ouvrière se joignit-elle au mouvement pour réclamer des hausses salariales, mais de changer une société de fond en comble, imposer des libertés individuelles dont nos écoliers d’aujourd’hui bénéficient toujours. Il était alors question « d’interdire d’interdire » et non d’exiger pisser dans des vespasiennes sans odeur ammoniacale. Tout d’abord la contestation émana de l’université jugée trop autoritaire et rigide ; les lycéens vinrent ensuite, puis les grèves ouvrières surgirent pour réclamer une amélioration des conditions de travail. La suite fut une lente dérive vers un assistanat étouffant que la croissance économique de l’époque permettait. Avec pour résultat ce que l’on constate aujourd’hui, du toujours plus réclamé à cor et à cri pour le confort des apprenants.

   Mais je voudrais surtout m’attarder sur un point. S’il est normal de quémander ponctuellement quelques améliorations, tant sur le plan du salaire des professeurs (très insuffisant eu égard à leur fonction qui détermine l’avenir d’une société), que sur le bien-être des élèves ou l’hygiène des locaux (mais on ne défèque plus dans la nature ni n’étudie à la bougie, pas plus qu’on ne chauffe au poêle à charbon), il faut aussi savoir raison garder sans se faire embobiner par d’outrecuidants personnages dont l’unique préoccupation est leur avenir politique. Car enfin, il faut vraiment être stupide pour manifester six mois avant une élection dont les résultats modifieront tout, ainsi que réclamer des budgets alors que les finances étatiques sont au plus bas. À moins d’y avoir été poussé par les harangues continuelles de l'habituel prudhommesque orateur, Mélenchon tribun emphatique, pompier incendiaire. C’était la meilleure façon de ne rien obtenir, ou peu, ou aux calendes grecques. Si les représentants de ces mouvements estudiantins avaient eu la sagesse d’attendre l’an prochain, sans doute auraient-ils eu gain de cause en tout ou partie pour continuer à faire leurs siestes quotidiennes dans le confort bourgeois qu'ils revendiquent, d'ouvrir leurs bouquins et de bosser comme il se devrait au lieu de gesticuler dans la rue ou de glander en escaladant et taguant nos monuments.

   Ce que je ne saurais trop leur conseiller, c’est de freiner leurs ardeurs, de reconnaître l’erreur commise et de donner rendez-vous au futur — ou à Dieu ne plaise la future — locataire Élyséen. Et de proposer de négocier avec le ou la future ministre de l’Éducation
 nationale dans un petit semestre.

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